Yves Robert
France ~ born 1963

Artworks (1)

Presentation

Entrevue avec l'artiste Yves Robert par Hélène Caroline Fournier ArtZoom.com - juin 2005 1- Dans votre biographie, vous mentionnez que vous avez une fascination pour la couleur, mais est-ce seulement cette fascination particulière qui vous a décidé à devenir artiste ? Qu'est-ce qui a motivé votre choix de carrière ? Quel est l'élément déclencheur ? Et quel âge aviez-vous alors ? L’intérêt sue je porte à la couleur a nourri, en effet, mon envie de dessiner et de peindre dans mon temps libre. Bien plus tard, j’en ai fait une activité professionnelle, qui m’apporte beaucoup ; et, dans laquelle j’ai l’impression de pouvoir apporter réellement quelque chose. Comme j’ai exercé, auparavant, d’autres activités professionnelles; j’ai vécu le contexte particulier du changement d’activité ; avec un surcroît de travail, quand il faut assumer les deux en parallèle ; mais moins de pression immédiate sur l’aspect pécuniaire. Le changement de vie se fait progressivement. Je conserve, jusqu’à maintenant, une double activité. C’est avec l’âge que j’en suis venu à ce qui est essentiel pour moi. 2- Est-ce que la peinture sur corps est venu avant ou après le pastel, le collage, l'aquarelle ? Dans quel ordre s'est déroulé votre cheminement artistique ? Qu'est-ce qui a été le point de départ ? J’ai débuté, il y a six ans, la peinture sur corps, à la suite d’une pratique assez longue du dessin de nu. Si j’ai appris certaines techniques aux Beaux Arts, j’en ai aussi expérimenté d’autres par moi-même, dont celle-ci. Mon approche n’en ai que plus personnelle, même si elle risque de friser, par moment, le bricolage... Quant au point de départ, il est dans mon enfance ; lorsque ma grand-même mettait à ma disposition, le dimanche après-midi, une boite de crayons de couleur. 3- Comment vos proches ont-ils réagi face à votre choix de devenir artiste ? Ma compagne m’encourage vraiment. Cependant, elle souhaite légitimement que je reste suffisamment disponible. Je récuse pour ma part le mythe de l’artiste qui sacrifierait le reste de sa vie à sa passion dévorante et à une carrière bien aléatoire. On peut rencontrer cela dans d’autres professions... 4- Vous mentionnez, surtout quand vous parlez de la peinture sur corps, que votre sujet d'inspiration principal est la femme, son corps... j'imagine que ça ne se fait pas du jour au lendemain de peindre sur un corps de femme, de trouver des modèles ayant suffisamment confiance en vous pour servir de support. Comment s'est déroulée votre première expérience en la matière ? L’univers féminin m’inspire depuis que j’ai cherché à le découvrir. J’ai débuté naturellement la peinture sur corps avec ma compagne. Elle a accepté, ensuite, que je la réalise dans un cadre professionnel. Cela s’est fait pour la première fois dans le studio photographique de Patrick Wecksteen. Son accueil y est formidable. Nous avons pris le temps de discuter, de nous mettre en phase sur la participation de chacun(e). Peu de temps après, un article dans le magazine « Photo Fan ! » présentant le travail de ce photographe, contenait un cliché réalisé lors de cette séance. Lorsque le cadre dans lequel se réalise la peinture sur corps est bien défini et suffisamment motivant, j’arrive à être mis en contact avec des modèles que le body painting intéresse. On me demande souvent s’il m’arrive d’être troublé par la nudité du modèle. En réalité, l’objectif artistique que je me fixe établit une distance avec le corps de la personne que je peins, ne supprimant pas la sensualité, mais empêchant toute érotisation. 5- Votre démarche artistique a retenu l'attention du photographe Patrick Wecksteen avec lequel vous avez entrepris une étroite collaboration depuis 2004. Comment l'avez-vous rencontré ? J’ai déposé, sur internet, une annonce à destination de photographes professionnels. J’ai reçu quelques réponses très convenues ; et finalement, une demande d’explications précise de la part de Patrick. Cette rencontre compte beaucoup pour moi. 6- Vous avez fait plusieurs expositions, notamment en aquarelle et vous avez participé au salon Art du nu à Paris, quels ont été vos principaux obstacles dans le métier ? Comment les avez-vous surmontés ? L’art du Nu est peu commercialisé. Les galeristes qui ne fuient pas le figuratif, prétendent malgré tout que le nu artistique ne se vent pas. Pourtant, il fait partie des sujets intemporels. Bien sûr, je poursuis en parallèle d’autres travaux; mais, sans renoncer au nu artistique. J’entretiens les contacts. J’use de patience et de détermination. Ainsi, j’ai eu l’opportunité de participation au Salon Art du Nu, qui s’est tenu pour la première fois à Paris en juin 2005. Les démonstration de peinture sur corps que j’y ai réalisées ont retenu l’intérêt du public et de la presse. Le corps, non plus seulement représenté comme sur une peinture, y est totalement présent et participe directement au contenu de l’oeuvre. 7- Vous avez fait les Beaux-Arts, pensez-vous que l'art visuel est en perpétuelle évolution ? En perpétuel changement ? En perpétuel mouvement ? Pensez-vous que l'art évoluera avec la technologie (du numérique, par exemple) ? Le numérique ira-t-il jusqu'à remplacer la peinture ou le dessin traditionnel, selon vous ? L’imagination des artistes est en perpétuelle effervescence, sans que les pesanteurs de la tradition ne fassent plus aujourd’hui obstacle aux innovations individuelles. De nouvelles techniques, dont certaines permises par les évolutions technologiques, ont été expérimentées et adoptées. Signe d’une évolution incontestable, la peinture est intégrée aujourd’hui dans le concept plus global d’image fixe, incluant notamment la photographie et la création numérique. Cependant, la peinture et le dessin n’ont pas disparu pour autant des pratiques artistiques contemporaines. Même la peinture à l’huile, pourtant de mise en oeuvre plus difficile que l’acrylique, conserve des adeptes. Cette diversité des supports et des techniques de création est à la fois le reflet de la prospérité technologique de notre civilisation ; mais aussi de la diversité des pratiques et inspirations individuelles. 8- On dit souvent que les artistes sont des êtres solitaires, qu'ils sont "seuls", que ce sont des individus "à part des autres", êtes-vous de cet avis ? Vous sentez-vous seul ? Etes-vous fondamentalement solitaire ? Ou avez-vous besoin de vous entourer de gens pour créer ? Mon activité de création artistique m’impose de m’isoler. Pour cette raison, je travaille souvent tard le soir. Mais, j’ai aussi appris à travailler dans d’autres circonstances. La rencontre avec le public conduit à rompre, temporairement, l’intimité avec l’acte de création. On est certes pas artiste, sans une réelle vocation, et beaucoup de détermination. Mais encore une fois, ce n’est pas la seule activité professionnelle qui présente cette particularité. Si j’apprécie de me retrouver régulièrement seul avec moi-même; je ne me complais cependant pas dans la solitude. J’ai, fort heureusement pour moi, une vie affective très rempli. Et, bien qu’émotif, je ne fuis pas la confrontation avec le public. 9- Avez-vous des projets d'avenir particuliers au niveau de l'art visuel ? Après le dessin, l'aquarelle, le pastel, le collage, la peinture sur corps... envisagez-vous de poursuivre avec d'autres médiums sur d'autres supports ? L’épanouissement ou tout simplement le renouvellement du travail artistique suppose de s’initier à de nouvelles techniques, à de nouveaux supports, comme vous le dites. Je n’ai pas de perspective particulière actuellement ; mais, je sais qu’une rencontre marquante, qu’une situation fortuite peut susciter de nouvelles envies. Sans une motivation particulière, il m’est difficile de surmonter les difficultés d’adaptation et d’apprentissage de nouveaux moyens d’expression, qu’il faut nécessairement dépasser pour arriver à exprimer quelque chose de valable. 10- En terminant, si vous aviez un conseil à donner à un jeune artiste qui désire se lancer en art, quel conseil lui donneriez-vous ? Cela me parait difficile, tant les parcours individuels sont différents... Je peux, cependant, me risquer à évoquer deux obstacles assez couramment rencontrés. Sur le plan psychologique, l’artiste a besoin d’aller au devant de la critique ; mais, celle-ci peut-être abrupte, voire manipulatrice. Il y a du tri à faire ; sans renoncer à écouter les autres ; mais, en prenant soin de se ménager suffisamment. Il est indispensable de rester équilibré de ce côté-là... Sur le plan logistique, il est difficile, voir impossible, de tout gérer : la création, la prospection et tout le reste. Comme il parait plus difficile de déléguer la création et la réalisation (Certains l’ont fait : Rodin ne sculptait pas lui-même...), il est bien venu de se faire aider dans la partie relation publique et prospection commerciale ; mais, sans pour autant, s’en désengager totalement.